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Aujourd'hui j'arrête les paris sportifs (après 9 ans de pratique)

Par stiss33

Bonjour, mon cas peut paraître moins difficile que ceux lus dans la rubrique "témoignage" car si je n'ai, pour l'instant, pas perdu d'argent avec les paris sportifs (gains ridicules, quelques centaines d'€ en 9 ans), je suis affecté psychologiquement. Si des mises pas trop élevées et une gestion relativement bonne m'ont permis de ne pas perdre d'importantes sommes, ma vie privée, mon travail sont considérablement affectés. Adrénaline des paris pris à l'avance, euphorie des paris gagnés, dépression et absence psychique après les paris perdus ont généré troubles de l'humeur, du sommeil, anxiodépressifs. Depuis 3 ans, j'ai réduit le nombre de mes paris, je n'ai plus l'énergie et l'envie nécessaires pour gagner. J'ai fermé tous mes comptes ARJEL. Cependant, je craque environ une fois par mois et perds d'ailleurs la plupart mes rares paris car le cœur n'y est plus (170€ de perte ce mois-ci). En effet, rien n'interdit de jouer au tabac ou sur des bookmakers étrangers, aux côtes élevées et parfois sans mécanisme d’auto-exclusion (malgré de nombreux signalements à l'ARJEL demeurés lettre morte, afin qu'ils en interdisent l'accès aux joueurs français). Mon fils de 2 ans 1/2 me voit jouer sur Internet et je n'ai pas envie de lui transmettre cette passion-addiction. De plus, je ne veux pas me rendre indisponible pour un motif si futile, ou qu'il sente ma mauvaise humeur suite à un pari perdu.

J'ouvre donc ce fil pour m'aider à essayer d'arrêter définitivement les paris sportifs. Je viendrai écrire quand l'envie me reprendra de miser. Ce qui est étrange, c'est que même avec un bilan positif, les paris sportifs restent une torture psychologique alors que les pertes sévères accumulées dans d'autres domaines sont presque digérées et acceptées. Je considère avoir beaucoup appris en perdant beaucoup d'argent dans l'immobilier en revendant 2 ans après l'achat ma maison principale avec une jolie moins-value (environ 15000€) et en bourse (2900€ en 4 mois) : je suis vacciné et à l'avenir je ne suis certain de ne plus me faire avoir dans ces domaines car des connaissances et techniques évitent la fameuse incertitude du sport.

Merci de m'avoir lu.

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14 réponses


Moderateur - 28/07/2016 à 17h32

Bonjour Stiss33,

Hé bien soyez le/la bienvenue dans ces forums pour raconter au coup par coup ce qui se passe pour vous. Tenir un journal d'arrêt peut être une excellente idée pour mieux vous comprendre. Cela aide également les autres internautes joueurs à ressentir combien ils ne sont pas seuls et qu'il est possible de se battre contre sa propre pratique de jeu.

Alors je vous souhaite plein de courage. En prenant cette décision vous avez déjà fait un grand pas.

Cordialement,

le modérateur.

stiss33 - 04/10/2016 à 23h54

Bonjour,

me revoilà sur cette discussion car je viens de rejouer (et reperdre) 90€ aux paris sportifs.

2 mois que je n'y avais pas touché et puis vendredi soir, après une semaine de travail durant laquelle j'ai été contrarié, comme pour repousser cette douleur : joue sur le seul site internet sur lequel tu n'es pas interdit de jouer...

J'ai déposé 30€, pris plusieurs paris "live" et 24 heure plus tard, je n'avais plus rien sur le bookmaker et je m'en voulais terriblement de chercher à évacuer mes problèmes de cette façon (je sais depuis longtemps que je perds toujours quand je suis mal).

Je me suis alors autoexclu 3 mois de ce bookmaker mais dimanche, après une mauvaise nuit, j'ai voulu me refaire sur un pari tabac FDJ que j'avais analysé... Et encore 60€ de perdu.

J'en ai marre, marre, cet argent aurait pu servir à offrir des cadeaux à mon fils, à faire les courses, à payer des travaux...

Je n'arrive toujours pas à arrêter complétement les paris et comme le coeur n'y est plus depuis longtemps, je joue souvent par ennui ou suite à des contrariétés... et je perds toujours...

J'ai aujourd'hui fortement envie de me refaire de ces 90€ perdus, je vais tout tenter pour ne plus jouer au mois d'octobre.

Moderateur - 05/10/2016 à 10h29

Bonjour Stiss,

Tout d'abord regardons le positif : vous avez tenu deux mois ce qui montre que vous avez, dans la plupart des cas, la capacité de gérer votre quotidien sans avoir recours au jeu. Ce qui est positif également c'est que vous analysez bien le déroulé des événements. Vous avez passé une semaine difficile au travail, vous vous sentiez frustré et vous avez joué "pour repousser cette douleur". En disant cela vous montrez quelle fonction vous donnez au jeu : il est là pour neutraliser les émotions négatives que vous éprouvez, pour faire diversion vis-à-vis de vos problèmes. Vous ne jouez donc pas pour gagner ou perdre mais bien pour résoudre un problème émotionnel.

Ceci pointé cette expérience du weekend nous amène à nous demander ce que vous pourriez faire pour apprendre à gérer autrement ces moments où la frustration et les émotions négatives qui l'accompagnent vous submergent. Car cela sert aussi à ça les rechutes : à en apprendre plus sur soi-même, à comprendre par où on "pêche" pour en sortir renforcé et plus solide dans son arrêt du jeu.

Quelles solutions envisageriez-vous pour apprendre à mieux gérer les émotions négatives ?

Cordialement,

le modérateur.

PS : évidemment ne jouez surtout pas pour vous "refaire" ! Grosse erreur qui enclencherait encore plus de jeu.

stiss33 - 06/10/2016 à 00h59

Bonjour et merci pour votre soutien et votre éclairage.

Ce que vous dîtes est tout à fait exact. Si au début, je jouais pour gagner, indépendamment de mon état de bien-être, aujourd'hui, j'ai souvent tendance à jouer par ennui ou par "scarification" suite à une impossibilité de réguler un trop plein émotionnel.

Cela m'inquiète un peu, j'avais décidé de mettre une grosse somme en bourse suite à une série de frustrations rapprochées l'an dernier, notamment une réflexion cinglante d'un supérieur sur notre différence de salaires... (la bourse était alors au plus haut, j'ai perdu 2900€ en 4 mois comme évoqué dans mon premier message avant de tout arrêter).

Etant dans la vie active depuis une quinzaine d'années, je me rends compte que j'ai de plus en plus de mal à encaisser les critiques, réflexions, attaques ou agressions professionnelles.

J'ai beau faire du sport, parfois prendre des benzodiazépines, connaître mes troubles psychologiques, travailler ma respiration, les mots durs restent gravés dans mon cerveau et les cicatrices se referment de moins en moins. On peut guérir d'un coup d'épée mais guère d'un coup de langue dit un proverbe chinois.

Il est fort possible que j'ai longtemps joué aux paris pour faire diversion, en étant dans le déni de mes souffrances psychologiques principalement liées à la souffrance au travail. Je me sentais plus fort qu'aujourd'hui, car mon moteur (mon utopie) était de prendre ma revanche en gagnant de l'argent. Je ne sais pas si mes troubles évoqués dans mon premier message sont davantage liés au travail ou aux paris...

Désormais, je n'ai plus envie de parier pour ne pas gâcher mes relations avec ma femme et surtout mon fils, je dois vraiment trouver la volonté de rejouer le moins possible.

Merci de votre écoute.


Moderateur - 07/10/2016 à 12h37

Bonjour Stiss,

Vous avez une pleine conscience de l'impact possible du jeu sur vos relations avec votre femme et votre fils et vous en tirez une bonne motivation pour ne pas jouer ou vous limiter. Pour vous la qualité de votre relation avec eux est quelque chose d'important et c'est cela compte en effet.

Les troubles que vous évoquez dans votre premier message - humeur, sommeil, anxiété, dépression - s'inscrivent peut-être dans un continuum entre l'impact des paroles que vous recevez au travail et celui d'une pratique de jeu qui vous procure des émotions en dent de scie. Vous ne pouvez pas faire disparaître les émotions que vous éprouvez alors vous essayez de les contrôler par le jeu. Mais l'excitation, les gains, la perte reviennent à rejouer ces émotions pour, au final, puisque cela ne change pas les problèmes de fond et que cela n'est pas une solution magique, vous frustrer et amplifier les émotions négatives que vous essayez de mettre à l'écart. Le jeu est une "surcouche" qui, vous le savez, n'est pas une solution tout en paraissant en être une, est aussi une diversion aux problèmes fondamentaux que vous rencontrez mais qui ajoute lui-même un problème au problème.

Ce que je note, ce qui vous distingue du joueur lambda, c'est votre extrême sensibilité aux remarques qui vous sont faites. Il est normal de prendre mal ce qu'on vous dit et effectivement parfois difficile de s'en remettre. Mais c'est aussi que quelque chose vous empêche de prendre du recul. Cette sensibilité, qui vous est propre, doit avoir des racines plus profondes et mettre en jeu vos peurs et vos idéaux. Avez-vous eu l'occasion de travailler là-dessus avec un professionnel ?

Cordialement,

le modérateur.

stiss33 - 04/04/2017 à 23h03

Bonjour,

je ne sais pas si je suis en voie de guérison mais depuis mon dernier post, j'ai considérablement réduit les paris sportifs. Oui je joue encore mais avec une stratégie qui :
- ne nécessite pas de perdre son son temps en analysant des heures entières,
- ne nécessite pas d'avoir de compte en ligne donc d'être tenté par tout type de pari,
- se repose sur de petites mises avec limite de perte mensuelle de 50€ à ne pas dépasser (pas d'adrénaline ni de troubles de l'humeur en cas de perte).

Je ne parlerai pas de ma stratégie (qui pourrait inciter des membres du forum) mais j'ai l'impression d'être devenu le joueur du dimanche qui joue quelques euros dont il n'a pas besoin sans aucune pression du résultat.

J'ai l'impression d'être sorti d'une très forte addiction (identique à celles de l'héroïne ou de l'alcool à mon avis), le jeu était omniprésent dans ma vie privée, tous les jours à chercher des informations, échanger sur des forums, passer des nuits blanches excités dans l'attente du résultat du lendemain et des gains éventuels, suivre les match sur le téléphone portable durant les repas de famille ou soirées entre amis...

Je suis aussi passé à côté de beaucoup de choses, avec moins d'envie de sortir, voir des gens, faire du sport, et m'occuper de mon amie. C'est en train de changer, et il faut que ça dure.

Ce qui m'a aidé :
- les attentes de mon jeune fils à mon égard (jouer, le promener, le câliner, lui préparer le repas, l'habiller, le laver...) m'interdisent d'être absent mentalement à cause des paris), impossible d'être absent mentalement et de ne pas le voir grandir,
- une ambiance de travail un peu meilleure, et peut-être aussi un tendance à prendre un peu plus de recul sur les réflexions inévitables de ce monde brutal,
- les mots des psychologues du forum, j'y pense souvent : "jouer ajoute une surcouche aux difficultés de la vie", "jouer pour neutraliser ses émotions", "jouer pour faire diversion à ses problèmes", "jouer amplifie les émotions négatives".

On ne va pas crier victoire trop vite. Je n'éprouve actuellement aucun manque ni de regrets de ne pas avoir parié un match que "je sentais bien" puisque je n'en sais strictement rien de ces résultats liés au hasard (le sport de haut niveau c'est l'incertitude et les bookmakers sont des professionnels qui savent ajuster les côtes) et j'ai pleinement conscience de tout le mal que m'ont fait les paris sportifs sur 10 ans de ma vie, pour des gains ridiculement bas.

Merci de m'avoir lu, stiss33

Moderateur - 05/04/2017 à 10h29

Bonjour Stiss,

Merci d'être revenu par ici pour nous faire connaître vos progrès, car progrès il y a. Bravo !

Vous avez repris le contrôle de votre pratique de jeu en vous fixant des limites claires et en étant motivé par les attentes de votre fils et soutenu par un environnement un peu meilleur au travail. Vous avez pris du recul aussi et c'est important. Enfin il semble que nos paroles vous aient un peu aidées alors merci pour ce retour happy

Si vous avez l'esprit "libéré", si vous jouez sans que cela vous occupe ni serve de substitut émotionnel alors c'est très positif. Le mot "guérison" est peut-être un peut trop "absolu" et il vaut mieux se méfier de ce genre d'absolu. Comme vous dites "ne crions pas victoire trop vite". Mais ce qui est sûr c'est que vous êtes clairement en "rémission" et que vous le devez à vous-même.

Je vous conseille de vous prêter régulièrement à l'exercice de vous remémorer ce que vous avez gagné à reprendre le contrôle ainsi que les bonnes raisons qui vous ont poussé à vouloir reprendre ainsi le dessus. Restez aussi vigilant : il peut y avoir des situations susceptibles de vous mettre en risque de rechute. Essayez de les éviter - ne tentez pas inutilement le diable par excès de confiance - et si vous ne pouvez pas les éviter alors ayez conscience que vous êtes dans une situation à risques et essayez de vous mettre des garde-fous.

L'étape suivante que je vous conseille est de réfléchir, maintenant que ça va mieux, à ce qui se passerait en cas de difficulté et de dérapage. Essayez d'élaborer une stratégie de secours et de recours. A qui vous adresseriez-vous pour être aidé ? A qui en parleriez-vous immédiatement autour de vous ? Que feriez-vous pour reprendre le contrôle au plus vite ? En prenant avec vous-même l'engagement de suivre cette stratégie en cas de dérapage vous avec plus de chance de le limiter et d'éviter qu'il ne se transforme en véritable rechute.

L'équipe de Joueurs info service vous souhaite une bonne continuation. N'hésitez pas à revenir par ici si vous en ressentiez le besoin.

Cordialement,

le modérateur.

radiola - 19/04/2017 à 11h44

Bonjour stiss33,

Merci pour ce témoignage et bravo pour votre démarche.
Je fais du documentaire radio et cherche à suivre et raconter le quotidien d'un joueur et le suivi de sa démarche d'arrêt du jeu. Votre texte m'a beaucoup intéressé. Seriez-vous disponible pour me raconter cela au micro ?
Nous pouvons en parler au téléphone si l'idée vous intéresse...

En attendant de vous libre...

A bientôt,




stiss33 - 24/04/2017 à 23h26

Bonjour Radiola,

cela pourrait être intéressant mais j'aimerais vous contacter avant, je ne sais pas comment faire car on ne peut pas envoyer de messages privés sur ce forum ?

Le modérateur pourrait-il vous transmettre mon mail ?

Cordialement

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